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Édito

Dans mes livres je cherche à décrypter la société contemporaine en restant à une prudente distance de l’actualité. Dans le blog je tente au contraire de réfléchir à haute voix sur le quotidien, sur ce présent sans précédent qui advient. J’essaye aussi de modestement pratiquer une liberté de pensée détachée de la mauvaise foi des bonnes intentions, et débarrassée des poncifs idéologiques. Comme le recommandait un jour Michel Onfray, il s’agit d’un essai pour « rendre la raison populaire » selon l’expression de Diderot.

Le gourou Trump le 19 novembre 2016

L’élection de TRUMP fait depuis 15 jours le délice des commentateurs politiques. Elle nous apprend au moins une chose : la complexité du langage en démocratie, complexité qui tient à plusieurs facteurs :
1. Le discours politique en démocratie doit proposer une traduction de la réalité que vivent les gens. Les lexicologues américains se sont aperçus que Trump utilisait le vocabulaire d’un enfant de 12 ans. Ses fans, orphelins d’espérance, ont pris cela pour une mise à leur niveau : il est l’un des nôtres, il parle simple, il parle vrai, il nous comprend et on le comprend. C’est ce qu’on peut appeler la régression de l’enthousiasme.
2. La politique devient de plus en plus irrationnelle et dictée par les émotions. Et Trump possède ce que Sloterdijk appelle le charisme de l’incompétence. Trump a ressuscité les jeux du cirque, aujourd’hui appelés téléréalité. Comme l’indique un commentateur politique, « les masses ne veulent pas un sens mais du spectacle », ce que le bateleur Trump a su leur donner. La politique entre ainsi dans le monde de la post-vérité, autrement dit un monde de véridiction, c’est-à-dire de croyances et vérités subjectives.
3. Le succès de Trump reflète aussi le rejet du politiquement correct. Les leçons infligées à tout propos au nom du politiquement correct, sont dorénavant ressenties par beaucoup comme une forme de mépris de la part de ceux qui estiment avoir une grille de lecture de la réalité sociale et du monde supérieure à celle de leurs interlocuteurs. Or en démocratie le désaccord est accepté, non le mépris. Ce point est important car il explique pourquoi Trump a gagné, malgré ou à cause de l’opposition de la quasi-totalité des journaux : opposition si unanime des médias américains, qu’elle a été perçue comme une forme de mépris qui s’est retourné contre eux. Les électeurs ont refusé un tel despotisme des idées. Il y a bien crise du discours dominant : la parole est considérée comme déconnectée de la réalité, les journalistes comme partiaux (comme on peut le vérifier sur trop de chaines TV ou de radios), le politiquement correct comme une tentative d’intimidation politique.
4. Enfin le politiquement correct suscite le populisme par son refus de regarder en face une réalité très similaire des deux côtés de l’Atlantique : le trouble identitaire, le sentiment d’insécurité, les migrations, la paupérisation des classes moyennes, etc. Improprement qualifié de droitisation alors qu’il s’agit plutôt d’une réaction conservatrice (à gauche comme à droite), l’avènement du populisme marque surtout l’incapacité des politiques à trouver les paroles justes, celles qui expriment le fond des choses vécues et des espoirs possibles, celles qui expriment les angoisses sans les fustiger. Les électeurs cherchent dorénavant, non plus un homme « compétent » mais bien plutôt un gourou ou guérisseur, capable à l’instar des ancien rois de guérir les écrouelles modernes.

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A propos de l’élection de D. Trump le 13 novembre 2016

L’élection de D. Trump à la Maison Blanche nous incite à revenir sur terre, à éviter les postures et à regarder la vérité clamée par les peuples. Deux points importants ressortent de cette élection surprenante : 1. Pour ses électeurs D. Trump a su incarner l’émergence d’une espérance (vraie ou fausse, ce n’est pas la […]

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Dilemme ou débat? le 3 novembre 2016

Pour répondre aux meurtres en série perpétrés par des djihadistes fous, certains préconisent des mesures extrêmes, y compris avant le délit lui-même. Ce qui suscite chez certains des cris d’orfraie pour atteinte à la démocratie et à la liberté. Du point de vue de la stricte liberté, telle que nous l’avons vécue depuis plusieurs décennies, […]

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